Le phare

Publié le par Elisabeth St Michel

Beaucoup de métaphores, un phare, un pilier, un repère, un ancrage, un rempart…    
Un arbre pour mettre un peu de distance avec le corps, la maladie, le grand effilochage.

Tellement d’adjectifs, solide, inébranlable, indestructible…    
Et la difficile évidence qu’il faut se quitter.

Dans notre paysage intérieur, impossible de penser l’horizon sans cet arbre. Il est la sève et l’ombre, solide, profondément enraciné, infatigablement là, épuisé pourtant. Il est un refuge, pour rire, panser ses plaies, reconstruire le monde, se livrer, observer à la loupe les bizarreries humaines. Il est l’écorce et la lumière, sur le tronc, on grave des images intenses qui resteront, quoi qu’il arrive à l’arbre, même s’il est clair qu’il ne peut rien lui arriver, cet arbre-là n’est pas de ceux qui se laissent abattre ou foudroyer. Sur ses feuilles nervurées, on décalque nos parcours, on déplie nos vies. On ne peut imaginer sa disparition, Il est indéfectiblement présent. On ne cherche pas à le répertorier, il n’appartient pas aux essences communes et ne ressemble à aucun autre. C’est un pilier, un phare charpenté dont, de loin, on aperçoit les signaux.
On nous dit qu’il n’est plus là, que dans la clairière, seule une souche occupe l’espace. On nous dit que les parasites qui le rongeaient ont fini par gagner, qu’ils se sont emparés de lui, des racines à la cime et se sont infiltrés dans les moindres de ses pores jusqu’à l’étouffer. On nous dit qu’il est mort, que les botanistes qui en prenaient soin le pleurent, que cet arbre-là les a émus par sa singularité. On le savait, l’arbre lui-même le savait, que ses forces s’envolaient. N’empêche, nulle trace de la souche qui resterait comme témoignage de son passage. Dans notre paysage intérieur, indépendamment du corps qui a rendu les armes, c’est lui qui est là, gravé dans notre écorce, à nous.

 

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